C'est dans la soirée que Neal Martin et son ami photographe Johan Berglund nous ont rejoints. Nous avions prévu une verticale sur 10 ans, du 1999 au 2009.... Dans le plus grand silence, et tous les deux seuls, ils se sont installés devant les millésimes alignés au cordeau puis ont religieusement pris des notes et 'twitté'!

Pour le dîner, toujours préparé par chef Thibault Servas, nous leur avions réservé quelques pépites... Une petite déclinaison de 1989, 1986, 1983, puis un ...1961 et pour finir un 1928!!!! Mes souvenirs ne sont plus très nets quant aux différents commentaires faits au cours du repas sur les arômes, les flaveurs, les nuances et les touches de ceci ou de cela...
Et je suis très curieuse de lire les commentaires que fera Neal Martin dans The Wine Journal... Mais une chose est absolument certaine c'est que le vin 'vit'... Il varie selon les bouteilles, selon les décantations, selon le temps qu'il fait dehors et selon l'ambiance!!!! Le 89 que nous avions dégusté le matin même pour le déjeuner était totalement différent de celui que nous avons eu le soir... plus sur la réserve, un peu re-fermé, il s'est ouvert au cours du dîner pour dégager de fabuleux arômes de fruits mûrs magnifiques...le 86, marié à l'agneau de 7 heures confit, fut étonnant! Nous sommes tout d'abord passés d'un nez de feuilles de thé humides, à l'earl grey avec des nuances de bergamote, puis à la mirabelle... En bouche, l'association avec les épices qui accompagnaient l'agneau a révélé des saveurs d'iode, d'algues marines réminiscentes de cuisine japonaise! Un vrai régal asiatique!

Le grand roi de la soirée fut le 1961! Une expérience hors du commun! Un très, très GRAND, comme il y en a peu dans l'histoire du vin... Je ne pourrai lui faire justice en le décrivant tant sa couleur (plus foncée et moins 'brique' que le 86), sa fraîcheur, sa vivacité, sa complexité, son élégance, sa finesse et sa rondeur m'ont impressionnée. L'adjectif 'exceptionnel' - au sens propre-  ne suffit pas pour exprimer l'impression de perfection inaltérable qu'il m'a laissée, en souhaitant du fond du coeur qu'il ait laissé la même à nos hôtes.

Le 1928, quant à lui,  nous a interpelés, Henri et moi. L'ayant dégusté lundi, nous en avions gardé un souvenir très vif et récent... Et là...surprise! Rien à voir avec ce que nous avions bu à Paris... fermé, un peu acide même. Déçus, nous avons donc décidé d'ouvrir la deuxième bouteille qui nous a réconciliés avec ce grand vin... décidément un très beau millésime aussi! Bien ouvert, il a laissé s'échapper ses véritables qualités. Tout d'abord, une belle robe brique, brillante, et malgré son évolution ambrée, une étonnante jeunesse visuelle. Au nez, son intensité aromatique est forte. Le premier nez floral dans la rose et la violette évolue sur des notes de confiture, de petits fruits rouges puis sur des arômes de truffe, de cuir, de pruneau. A l’aération, il s'enrichit d’un caractère épicé et d’un bouquet extrêmement complexe.


Comme je le disais, le vin 'vit' et, selon les millésimes, chaque bouteille mène son propre combat contre l'évolution, la vieillesse ou encore le bouchon... A Brane, il y a heureusement plus de victoires sur le temps que de défaites! Nous en avons encore eu la preuve ce soir-là, tout en les savourant et en écoutant Neal et Johan nous parler de leurs carrières professionnelles, de leurs expériences 'vini et viti'-coles et en admirant les photos extraordinaires réalisées par Johan, un photographe humble mais extrêmement talentueux!